Deux Manières de Rêver
La Torah raconte, au début de la Paracha de Vayéchev, les deux rêves de Yossef. Ils prédisaient le même avenir pour sa famille : Yossef régnera, un jour, sur ses frères.
Dans la Paracha de cette semaine, Mikets, la Torah décrit les deux songes du Pharaon. Ils annonçaient un seul et même événement : la famine qui suivra l’abondance.
Nous pouvons, cependant, discerner une différence flagrante entre les songes des deux rêveurs.
Yossef rêva que lui et ses frères assemblaient des gerbes ; ils étaient les acteurs du rêve. Cependant, dans son rêve, Pharaon était un spectateur passif et il observait les événements qui se déroulaient autour de lui ; toute indication sur une activité humaine était absente.
Les rêves de Yossef font référence au monde de la Sainteté : les bénédictions Divines dépendent des actes de l’homme. Un Juif doit travailler pour être digne de les recevoir, à l’instar de Yossef qui s’investit dans la formation de gerbes de façon active.
Les rêves de Yossef traduisent aussi une progression dans le domaine de la Sainteté. Dans son premier rêve, Yossef rassemble des épis séparés pour en faire un ensemble, une gerbe. Il y a donc ici une évolution : nous passons de la séparation et la division au plus haut degré d’unité.
Le thème évoqué dans le deuxième rêve de Yossef représente aussi une progression ; car après avoir rêvé de matières terrestres – des gerbes de grain – il rêva du soleil et de la lune, des matières célestes.
Les rêves de Pharaon, par contre, suivent une logique de régression. Le premier rêve de Pharaon parle de sept vaches – le royaume animal – tandis que le deuxième rêve traite d’une catégorie inférieure d’existence – des épis de blé. De plus, les rêves eux-mêmes traduisent une déchéance dans le domaine naturel. Les sept vaches saines sont suivies par sept vaches maigres qui finissent par les engloutir ; les sept épis de blé sains sont suivis par sept autres maigres qui les absorbent.
D’ailleurs, la réalisation des rêves de Pharaon s'est aussi déroulée dans un ordre décroissant. Les années d'abondance prirent place, en premier, pour être immédiatement suivies par sept années d’une famine si importante, qu’elle donna l’impression que les années d'abondance n'avaient jamais existé. Chaque détail des rêves de Pharaon marque donc la déperdition.
Le royaume de Yossef quant à lui – le monde de la Sainteté – est caractérisé par une montée perpétuelle :
Nos sages affirment que « nous devons perpétuellement monter en matière de Sainteté. » La Sainteté est éternelle. Tout ce qui n’est pas sacré – le royaume de Pharaon – ne perdure pas, et il ne fera que diminuer et dépérir jusqu'à sa totale disparition.
Cela représente une leçon concrète pour chaque Juif :
Pour mériter les bénédictions de Hachem, nous devons agir, ainsi qu’il est dit dans le Talmud : « Si quelqu'un vous dit qu’il a peiné et qu’il a trouvé ce qu'il cherchait, vous pouvez le croire. » Lorsqu’un Juif fait un effort, il en est plus qu'amplement récompensé, car la nature de sa gratification est sans commune mesure aux efforts engagés. Les bienfaits de D-ieu augmenteront alors.
Cependant, si un Juif souhaite bénéficier des bénédictions de Hachem sans fournir d’effort, en restant passif, les influences qu'il recevra seront du même type que celles de Pharaon ; elles ne viendront pas d’une source sacrée. Ce type d'influence ne durera pas ; il ira en régressant jusqu’à ne plus être.
Likouté Si’hoth Vol III |