Livre de Bamidbar

Parchath Nasso

Chabbath Nasso : Un Moment d’Elévation - Le Jour où Machia’h Viendra

Egaux dans la Différence - Chaque Détail Compte

Chabbath Nasso – Un Moment d’Elévation

La Paracha de Nasso est lue habituellement le Chabbath qui suit la fête de Chavouothou bien, comme cette année, le Chabbath qui précède la fête. Il serait donc logique de trouver, dans la Paracha de Nasso, une allusion au caractère spécifique du premier Chabbath après le Don de la Torah.

Avant le Don de la Torah, il y avait un schisme entre les dimensions Célestes et celles de ce monde : « Ceux qui étaient en Haut ne pouvaient pas descendre en Bas ; ceux qui étaient ici-bas ne pouvaient pas monter vers le Haut. » Le Don de la Torah annula ce décret ; les Cieux et le Terrestre pouvaient, alors, s’unir. Ainsi, les Mitsvoth appliquées avant le Don de la Torah n’avaient pas la même valeur que celles qui sont appliquées aujourd’hui, après le Don de la Torah. 

Il en est ainsi pour la Mitsva du Chabbath. Bien que les Juifs aient observé le Chabbath avant même le Don de la Torah, il est clair que cette pratique ne peut pas être comparée à la façon avec laquelle ils l’observèrent une fois que la Torah fut donnée.

Nos sages nous apprennent que chacun des événements important de notre calendrier se reproduit chaque année. Ainsi, ce Chabbath qui est le premier Chabbath après la fête de Chavouoth devrait être vécu comme le premier Chabbath que nos ancêtres ont observés après le Don de la Torah.

L’homme appelle par la pratique des Mitsvoth les dimensions « supérieures » à descendre dans les réalités terrestres. Or, avant Matan Torah – le Don de la Torah – il était impossible à l’homme de produire ceci par ses propres moyens. En conséquence, les objets matériels ne pouvaient être investis de Sainteté.

Grâce à nos actions, depuis le Don de la Torah, les dimensions spirituelles habitent notre entourage matériel. Car les Mitsvoth émanent de l’Essence de D-ieu. Ainsi, l’homme, qui pratique les Mitsvoth, n’est plus limité à ses forces personnelles, car il est missionné par D-ieu ; il est donc investi par l’Essence du Divin et ses actes matériels s’imprègnent alors de Sainteté.

Ce concept est intimement lié au Chabbath : le Chabbath a cela de magique d’être plus haut que la Création, car en ce jour, nous cessons toutes actions créatives. Le jour de Chabbath, le Juif est investi « d’un amour pur pour D-ieu, d’un amour qui transcende l'intellect ». Cet amour est plus haut que celui qui l’habite pendant la semaine, car ce dernier est le fruit du labeur et de l’effort – la raison et la rationalité. Le niveau d'amour atteint le Chabbath transforme l’individu et ses désirs ne sont pas les mêmes que ceux qu’il a dans le courant de la semaine.

Le Chabbath traduit, donc, le lien entre les deux composantes de l’existence : il est, d’une part, la révélation de la plus haute des saintetés ; mais son impact s’inscrit, d’autre part, dans les aspects les plus concrets de la Création. En ce jour, les désirs les plus bas se trouvent transformés.

C’est cette idée maîtresse qui s’exprime chaque année en ce Chabbath particulier où nous lisons au début de la Paracha de Nasso : « Compte les descendants de Guerchon… » 

Le nom Guerchon découle du mot hébraïque  Guérech qui signifie, d’une part, produire (en termes d’agriculture), mais aussi Guérech – chasser. Ceci représente dans sa lecture symbolique, le pouvoir de révéler l'amour latent que l’homme a pour D-ieu (comme le fruit dans la terre) ; ainsi que la faculté de chasser le mal. Ces deux actions sont, comme nous l’avons vu plus haut, intimement liées au Chabbath.

Likouté Si’hoth Vol VIII

Le Jour où Machia’h Viendra

« Si un homme ou une femme fait le vœu de devenir Nazir – abstème… Il s’abstiendra de vin et de boisson enivrante…  »

 (Nombres 6 – 2,3)

Le terme de Nazir a deux significations :

Séparation – se tenir à l’écart : dans ce contexte, on met l’accent sur l’abstinence.

Ce mot vient de « Nézer – Couronne » ainsi qu’il est dit dans le verset (Nombres 6 – 7,8) : « …Car la Couronne de D-ieu est sur sa tête… il est consacré pour D-ieu. »

Nous sommes là face à un paradoxe. D’une part, le Nazir est qualifié de « consacré pour D-ieu », donc il s’agit d’un homme d’une stature spirituelle élevée. D’autre part, son abstinence est critiquée par le Talmud de Jérusalem (Nédarim 9) : « Les interdits de la Torah ne te sont-ils pas suffisants ? » En effet, le but de la création de l’homme est d’investir le monde matériel qu’il côtoie et sa propre personne de sainteté.

Cependant, Maïmonide conclut les lois du Nazir en ces termes : « Celui qui fait le vœu – dans un esprit de Sainteté (à l’opposé de celui qui recherche l’abstinence à des fins personnelles) – est digne de louanges. Il est dit à son sujet : ‘ Car la Couronne de D-ieu est sur sa tête… il est consacré pour D-ieu.’ L’écriture le compare au prophète (Amos 2 – 11) : ‘C’est parmi vos fils que J’ai suscité des prophètes, parmi vos adolescents des Naziréens.’»

Ce verset se réfère aussi aux Temps Messianiques. Il y aura alors des hommes – Nazir – qui atteindront les niveaux les plus ultimes de la Sainteté. A la venue de Machia’h, aucune personne ne cherchera à devenir Nazir pour simplement s’éloigner du matériel, puisqu’à cette période le monde matériel n’aura aucun impact négatif. L’époque de la Guéoulah « sera un temps d’abondance et tous les plaisirs seront accessibles comme la poussière, et la seule préoccupation du monde sera la connaissance de D-ieu. » Aussi, le Nazir personnifiera cet achèvement spirituel.

Les lois du Nazir renferment un enseignement des plus signifiants au sujet de la foi en la venue du Machia’h.

La Hala’ha affirme : « Si un homme fait le vœu d’être Nazir à partir du jour où Machia’h viendra ; dans le cas où son vœu est exprimé dans le courant de la semaine, celui-ci devient effectif instantanément. Mais s’il prononça son vœu un jour de Chabbath ou un jour de fête, il faudra attendre une journée pour que son engagement devienne effectif. Car il n’est pas certain que Machia’h puisse se révéler un Chabbath ou un Yom-Tov. »

Ce texte démontre clairement que « Le jour où Machia’h viendra » n’est pas un concept utopique, mais c’est bien une possibilité qui pourrait se réaliser chaque jour. C’est à ce concept que fait écho la prière : « Nous espérons tout au long de la journée en Ta libération. » C’est dans cet esprit que Maïmonide définit le douzième des Principes Fondamentaux : « Ani Maamin – Je crois d’une foi parfaite en la venue de Machia’h… je l’attendrai chaque jour. »

 Likouté Si’hoth

Egaux dans la Différence

A la fin de Parachath Nasso, la Torah nous raconte en détail comment les princes d’Israël - les chefs des douze tribus - participèrent aux festivités de l’inauguration du Michkan – le Tabernacle. Ils offrirent tous le même cadeau : un plateau en argent, un bol en argent, une cuillère en or, de l’encens etc,.

Ils offrirent tout cela, chacun son tour, pendant les douze jours de l’inauguration du Tabernacle. Chaque jour était consacré à une tribu. Après nous avoir décrit le protocole de cette célébration  - le premier jour pour la tribu de Yéhouda, le second pour celle de Yissa’har, le troisième réservé à Zévouloun, le quatrième pour Réouven etc, puis détaillant l’offrande de chacun d’eux – la Torah résume et recense le total de leurs cadeaux (Nombres 7 – 84) :

« Voici l’offrande qui fut offerte par les princes d’Israël, lors de l’inauguration du Michkan : douze plateaux en argent, douze bols en argent, douze cuillères en or … »

Le Midrash interprète ce verset de cette façon : « En répétant de nouveau le contenu des offrandes des chefs d’Israël et en les concentrant dans un seul ensemble, la Torah montre qu’elle considère que les douze princes avaient tous offert leurs présents le même jour, le premier jour. »La forme de l’acte respectif des chefs de tribu avait la valeur d’un acte collectif accompli par tous, le premier jour.

Le mot « Korban – offrande » est de la même racine que le mot « Kirouv » qui signifie « approche ». Car le but de l’offrande - comme d’ailleurs toute autre entreprise spirituelle - est de créer la proximité entre celui qui offre et D-ieu.

Il existe « douze chemins » - représentés par les douze tribus - pour s’approcher de D-ieu. C’est pourquoi l’inauguration du Tabernacle devait se dérouler pendant douze jours. Chacune de ces journées était dédiée à un autre chef de tribu. Il devait, ce jour là, représenter sa tribu et exprimer à travers son offrande la manière particulière par laquelle sa famille s’approchait de D-ieu. Ainsi, même si en apparence les objets offerts par chaque tribu étaient identiques, néanmoins l’intention profonde investie dans le geste, l’âme de l’action, était à chaque fois différente.

Malgré l’originalité du cadeau de chacun des princes, l’action de ces hommes fut aussi considérée comme un geste collectif, comme une entreprise commune à tout Israël. C’est dans cet esprit que la Torah affirme qu’ils « avaient tous offert leurs présents le même jour, le premier jour. »

Nous découvrons donc deux dimensions dans ces offrandes : la première souligne l’originalité de chaque personne, alors que la seconde atteste de l’égalité qui se concrétise par ces cadeaux composés des mêmes éléments.

Ces deux dimensions existent aussi à l’échelle du peuple Juif. Chaque individu de notre peuple est unique et particulier, mais tous les Juifs sont égaux.

Nous avons tous des qualités en commun car « nous n’avons qu’un seul Père », mais nous avons aussi chacun des aptitudes qui nous sont propres.

L’unité de notre peuple ne doit pas se réaliser seulement dans ce que nous avons en commun. Elle doit devenir réalité sous une forme harmonieuse qui se construit à partir de nos différences. Nous devons apporter de notre côté ce que nous avons de complémentaire.

C’est le message qui ressort de l’épisode des cadeaux des princes. Chacun d’eux a su représenter sa tribu durant une journée particulière, cependant les actes de tous étaient habités d’un sentiment commun. Une offrande collective était engagée là.

Likouté Si’hoth Vol XIII

Chaque Détail Compte

Dans la Paracha de cette semaine, Nasso, la Torah nous raconte comment les Néssiïm – Princes de chaque tribu d’Israël – participèrent aux festivités de l’inauguration du Michkan - le Tabernacle : « Le jour où Moché acheva d’ériger le Tabernacle... Les Princes  d’Israël apportèrent leur offre... six charrettes  couvertes et 12 bœufs : une charrette pour deux Princes, et un bœuf pour chacun. »

La contribution des chefs de chaque tribu consistait à offrir les charrettesqui serviraient à transporter le Tabernacle et les bœufs qui les tireraient. Les 12 Néssiïm ont offert six charrettes ; ce qui implique que chaque Nassi contribua à raison d’une demi-charrette.

A première vue, cela pourrait paraître comme une petite contribution. Pourquoi les Néssiïm n’avaient-ils pas été plus généreux ? Le Tabernacle formait une structure extrêmement lourde se composant d’éléments variés et nombreux. Comment pouvaient-ils, alors, se contenter d’offrir seulement une demi-charrette chacun ?

Le Tabernacle fut construit selon des instructions très précises.  Aucun élément du Sanctuaire – pas le moindre détail – n’était superflu. Chaque élément servait pour une tâche bien particulière ;  il en était de même pour les charrettes qui transportaient le Tabernacle. Ainsi, c’est précisément parce que le nombre de charrettes nécessaires pour porter le Tabernacle était de six, que les Princes ne pouvaient pas en offrir plus. D’ailleurs, les charrettes étaient soumises à certaines dimensions ; elles ne pouvaient mesurer ni plus, ni moins que les mesures indiquées.

Nos Sages affirment : « Hachem ne créa rien en vain  dans Son monde. » Ce principe s’applique à chaque époque et en tout lieu. Chaque détail du vaste univers a une fonction bien spécifique, et aucun élément ne fut créé sans but.

De même que chaque partie du Tabernacle était indispensable et jouait un rôle essentiel, il doit en être ainsi pour les éléments de notre Sanctuaire intérieur – nos aptitudes et capacités personnelles. Chacune d’elles doit être utilisée complètement. Toutes les forces et aptitudes intérieures d’un Juif devraient être utilisées pour accomplir sa mission Divine. Après tout, Hachem ne le dota pas de tous ces pouvoirs inutilement.

Le temps est aussi une chose que nous devons utiliser correctement.

Chaque instant qui nous est alloué est précieux. Même si 23 heures et 59 minutes de la journée se sont écoulées et qu’il ne reste qu’une seule minute, elle ne doit pas être gaspillée. Car le temps fait aussi partie des choses que nous devons utiliser pleinement.

Likouté Si’hoth Vol XXVII