
Livre de Béréchith Parchath Vayechev |
« Yaakov demeura dans le pays des – Mégouré – pérégrinations de son père, dans le pays de Canaan. » (Genèse 37 – 1) Le Maguid de Mézéritch commente ainsi ce verset : Les mots « Yaakov demeura » font allusion à l’investissement de l’homme « dans le pays », le monde matériel. Le mot « Mégouré » qui est traduit par « pérégrinations » peut aussi signifier, selon une autre racine hébraïque, « amasser ». La mission de l’homme ici-bas est d’amasser et de rassembler les étincelles Divines qui se trouvent dans le monde matériel. Ce fut l’occupation de Yaakov en terre de Canaan ; il s’est investi dans le monde matériel, dans des activités mondaines, afin de raffiner celui-ci et d’en extraire les étincelles Divines qui l’habitent. Ainsi, il ramena la matière vers « son Père » qui est aux cieux – D-ieu. Ce type démarche dans le service de D-ieu demande une certaine abnégation. Le peuple Juif est appelé d’ailleurs dans la Torah « l’armée de D-ieu », car la mission du soldat consiste à accomplir son devoir même si, certaines fois, les ordres dépassent sa compréhension. Il en fut ainsi pour Yaakov qui quitta Béer-Chéva pour se rendre chez Lavan. C’est là qu’il entama sa mission de récolte des étincelles. Il venait de prendre conscience qu’il ne pouvait pas cohabiter avec son frère Essav ; il quitta alors l’ambiance tranquille et l’esprit de Torah qui régnaient chez ses parents. Il ne demanda jamais pourquoi c’était à lui de s’exiler et de quitter sa tour d’ivoire. C’est avec joie et enthousiasme qu’il s’engagea dans sa mission. Or, nous constatons que cette apparente descente contribua précisément à l’élévation absolue du Patriarche Yaakov tant dans la dimension spirituelle que dans la richesse matérielle. Ceci constitue une leçon incontournable : Le service de D-ieu ne consiste pas à chercher des missions héroïques et élevées. Notre rôle est seulement d’utiliser les objets matériels en les sublimant dans le service de D-ieu. Les gestes les plus simples contribuent à la sanctification de ce monde. Likouté Si’hoth Vol I |
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Au début de la Paracha de cette semaine, Vayéchev, la Torah nous raconte le célèbre rêve dans lequel Yossef et ses frères « liaient les gerbes dans le champ ». Cette vision fait allusion au caractère de la mission Divine qui incombe à chaque Juif et sur la nature de son service : révéler les étincelles de Sainteté qui sont cachées dans le monde matériel et les élever jusqu’à leur Source Divine. De plus, le service du Juif n'est pas seulement une affaire personnelle, en fait, il doit aussi sortir dans le « champ » et répandre la Sainteté partout où il va. Cette idée fut la profession de foi des Rabbis du mouvement Chabad-Lubavitch qui ont envoyé des émissaires partout dans le monde dans le but de propager les enseignements de la ‘Hassidouth et d’y révéler ses sources. À la fin du rêve de Yossef, les gerbes de ses frères se sont placées autour de la sienne et se sont prosternées. L'objectif ultime de l'émissaire est d’apporter à tous les Juifs le message de Yossef – le Nassi de la génération - le guide qui consacre sa vie à tout le peuple Juif. Pour que l’émissaire puisse mener à bien sa mission, il lui faut pour cela quitter son environnement d’origine et aller à la rencontre des autres Juifs. Même s’il faut pour cela traverser les champs. Les gerbes de Juifs qu’il aura rassemblées autour de lui se soustrairont certainement alors au message du Nassi – celui de la Torah et des Mitsvoth. Ils s’appliqueront alors dans une pratique minutieuse de Judaïsme afin qu’à leur tour, eux aussi, représentent Yossef dans leur entourage. La Paracha de Vayéchev est toujours lue entre le 19 du mois de Kislev – marquant l'anniversaire de la libération de Rabbi Chnéour-Zalman – et la fête de ‘Hannouca. Elle doit donc avoir un rapport intime avec ces événements. Une des principales préoccupations de Rabbi Chnéour-Zalman était d’encourager les Juifs à une meilleure pratique religieuse, une tache pour laquelle il n’économisât aucun effort. Rabbi Chnéour-Zalman voyageait de ville en village afin d’éveiller les cœurs de ses frères Juifs et de les rapprocher de la Torah et des Mitsvoth. Ainsi en était-il avant la libération du 19 Kislev. Mais, après sa libération, le Rabbi redoubla d’efforts pour que ses actions vers « l’extérieur » prennent une dimension nouvelle et pour que ses enseignements atteignent des horizons lointains – les champs. Parallèlement, durant la fête de ‘Hannouca, la coutume veut que la Ménorah soit placée « à l'entrée de la maison » pour permettre à la lumière d'éclairer l'obscurité de l'extérieur. L’objectif est de répandre la Sainteté produite par la lumière de la Ménorah partout, dans les environnements, comme au loin dans les champs. Vayéchev est donc intimement liée à la période de l’année dans laquelle elle est lue - les jours entre le 19 Kislev et la fête de ‘Hannouca. Likouté Si’hoth Vol X |
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La Torah raconte, au début de la Paracha de Vayéchev, les deux rêves de Yossef. Ils prédisaient le même avenir pour sa famille : Yossef régnera, un jour, sur ses frères. Dans la Paracha qui suit, la Torah relate les deux songes du Pharaon. Ils annonçaient un seul et même événement : la famine qui suivra l’abondance. Nous pouvons, cependant, discerner une différence flagrante entre les songes des deux rêveurs. Dans le premier rêve, Yossef vit les gerbes de ses frères se prosterner devant lui. Dans le second, il aperçut des astres : le soleil, la lune et onze étoiles, représentant sa famille, qui se courbaient encore devant lui. Nous pouvons donc constater une évolution dans les rêves de Yossef. Car si le premier trouve son décor dans la dimension matérielle – le monde végétal –, le deuxième rêve parle de sphères célestes, symbolisant ainsi le monde spirituel. Les rêves du Pharaon se limitèrent, eux, au monde matériel. Le premier nous parla de vaches grasses et de vaches maigres, tandis que le second décrit une scène qui se passait dans un champ où les protagonistes étaient des épis de blés. Nous remarquons donc une régression dans les songes du Pharaon : ils passèrent du règne animal au végétal. Ceci met en évidence la différence fondamentale entre le rêve et l’idéal du Juif et celui des nations. Le peuple Juif doit être constamment – même lorsqu’il s’implique dans la matière – lié aux deux facettes de l’existence : le matériel et le spirituel. C’est la mission de chacun de nous : nous devons nous investir, avec le même entrain, pour les deux aspects de la vie. Notre but est de les unir. Il ne suffit pas de s’assurer que le monde matériel et les épreuves que nous y rencontrons ne viennent à freiner notre progression spirituelle. Notre rôle est d’apprivoiser ce monde et le raffiner jusqu’à le transformer en lumière. Rabbi Chemouel de Loubavitch dit, un jour, à des enfants : « La nature du Juif est de se nourrir pour vivre ; mais il vit pour être un homme capable d’appliquer les Mitsvoth. » Puisque l’intention profonde du Juif – pendant qu’il s’engage dans des activités matérielles – est de sublimer la matière et de la transformer en lumière spirituelle, il est certain qu’il réussira dans sa mission et que la matière se trouvera effectivement élevée. D’ailleurs, le Baal Chem Tov nous enseigna que « l’homme se trouve physiquement là où son esprit l’emporte. » Likouté Si’hoth |
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« Ses frères furent jaloux de lui, mais son père garda la chose. » (Genèse 32 – 29) « Il attendait et guettait quand cela se passerait-il. Ainsi est-il écrit (Isaïe 26 – 2) : ‘Il garde la confiance’. Ainsi (Job 14 – 16) : ‘Ne garde pas mon péché’ signifie : N’attends pas. » Rachi La Paracha raconte qu’en dépit de la jalousie des frères de Yossef suite à la révélation de ses rêves, Yaakov « garda » cela à l’esprit. Rachi indique que le terme « garder » signifie « attendre ». Rachi rapporte pour cela deux versets où le terme de « Chamar – Garda » a pour sens « attendre ». Nous savons que Rachi est assez économe dans son commentaire. On peut donc s’interroger sur la nécessité de rapporter deux preuves ; pourquoi un seul verset ne suffit-il pas ? Les rêves de Yossef se réalisèrent lorsque – suite à la famine – Yaakov fut amené à descendre en Egypte avec ses enfants où ils retrouvèrent Yossef au poste de vice-roi. Ce voyage fut à l’origine de l’exil en Egypte qui lui-même est l’archétype de tous les exils. Le but de l’exil est de propulser le peuple Juif à un niveau infiniment supérieur à celui qu’il avait auparavant. Aussi, à la venue de Machia’h, le peuple Juif aura atteint un niveau spirituel plus élevé que celui qu’il avait à l’époque du Temple. En observant la situation spirituelle de ce monde, nous pouvons constater que chaque jour est plus obscur que le précédent. Ceci pourrait nous décourager et nous faire douter de notre capacité d’éclairer ce monde au moyen de la Torah et des Mitsvoth. Cependant, toutes descentes spirituelles – les situations d’épreuves et d’éclipses – ne sont que des manifestations externes. La réalité profonde est autre. Tout événement qui prend place dans la Création est le produit de la volonté du Créateur. Aussi – en dépit des apparences – le monde évolue chaque jour dans la direction de la Sainteté et devient plus raffiné jusqu’à ce qu’il devienne, enfin, un lieu apte à devenir la Résidence de D-ieu. Ainsi, l’exil ne doit pas être considéré seulement comme un expiatoire des péchés. Il a un but positif : mener les hommes et la Création à un niveau supérieur à celui que nous avions à l’époque du Beth-Hamikdach. L’exil – l’éclipse et le retrait – constitue, en fait, une étape propre à l’élévation. C’est l’allusion que Rachi fait ici en citant deux versets pour commenter la réponse de Yaakov aux rêves de Yossef – précurseurs de l’exil : ‘Il garde la confiance’ et ‘Ne garde pas mon péché’. Rachi nous indique que bien qu’à première vue l’exil paraît servir comme un expiatoire pour nos fautes –‘Ne garde pas mon péché’ – son but initial est de nous permettre d’atteindre la Guéoulah : ‘Il garde la confiance’. Ce verset fait référence à la confiance et l’assurance en la réalisation de l’ultime élévation que nous apportera la venue de Machia’h Tsidkénou – Notre Juste le Machia’h. Likouté Si’hoth V |
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« On raconta à Tamar : Voici, ton beau-père monte vers Timnah pour son troupeau. » (Genèse 38 – 13) « A propos de Samson, il est dit : Et Samson descendit vers Timnah! Cette ville était située sur la pente d’une montagne. De là, on y montait, et de là on y descendait. » Rachi Ainsi, la Torah précise que Yéhouda « montait » vers la ville de Timnah. Aucun mot, ni aucune lettre ne sont insignifiants dans la Torah ; cette précision comporte donc un enseignement. La Torah veut ici nous indiquer que les événements qui suivront – et dont Yéhouda et Tamar seront les protagonistes – procèdent d’une élévation et d’une ascension. En effet, c’est suite à ce mystérieux épisode que naîtra Pérets, l’ancêtre du Machia’h. L’ascension d’une montagne prend, dans ce contexte, une interprétation nouvelle. Il n’est nullement recommandé de s’arrêter pendant que l’on gravit une montagne. Ce n’est pas un lieu approprié pour le repos. Si le grimpeur s’aventure à faire une pause, il perdra certainement l’élan et l’entrain du départ ; mais il risque surtout de perdre son assise ou même tomber en arrière. Lorsqu’une personne s’engage dans une ascension, elle se doit de toujours avancer et de persévérer. Le service de D-ieu peut être comparé à l’ascension du montagne, ainsi qu’il est écrit (Psaumes 24 – 3) : « Qui gravira la Montagne de D-ieu ? » Nous ne pouvons nous permettre d’être lent, dans le domaine du spirituel, ou de prendre le luxe de faire une « pause ». Celui qui se déclare satisfait du niveau qu’il a atteint et qui – de ce fait – ne ressent plus le besoin de progresser risque de perdre son assise spirituelle et éventuellement trébucher. Cela est tout aussi dangereux que pour l’alpiniste qui déciderait de s’arrêter au milieu de son escalade. Une fois engagé dans le service de D-ieu, il est impossible de faire du sur place. Il faut continuellement faire l’effort de passer au stade suivant. Dans le domaine moral, ne pas avancer représente déjà une régression. Nous allons célébrer, cette semaine, la fête de ‘Hannoucca. Nous avons justement l’usage, pendant cette fête, d’ajouter chaque jour une lumière. Cela est dans l’esprit des paroles de nos sages : « Dans le domaine de la Sainteté, il faut toujours viser plus haut. » Le fait d’allumer deux soirs de suite le même nombre de flammes constituerait une régression. Dans le domaine de la rencontre avec le Divin, nous ne pouvons pas nous contenter des accomplissements d’hier. Ce voyage et cette découverte nécessitent un mouvement ascendant perpétuel. Likouté Si’hoth Vol X |