
Livre de Béréchith Parchath Vayigach |
« Alors Yéhouda s’avança vers lui [Yossef]... » (Genèse 44 – 18) En commentant ce verset, le Zohar affirme que cette rencontre ne constitue pas uniquement la rencontre de deux individus, mais qu’elle symbolise la fusion de deux dynasties, celle de Yéhouda et celle de Yossef. Après la mort du roi Salomon, le peuple d’Israël se scinda. Ré’havam – son fils – régna sur la Judée ; tandis que Yéravam – descendant de Yossef – régna sur le royaume d’Israël. La rencontre entre Yéhouda et Yossef fait allusion à la réunification du peuple d’Israël à l’époque messianique. Notre Haftara traite du même sujet : Yé’hezkiël prédit qu’un roi Machia’h – qui sera descendant de David et de Yéhouda – régnera sur un peuple rassemblé et uni à nouveau. Les deux branches de Yéhouda et de Yossef seront unies : « Je prendrai les enfants d’Israël d’entre les nations... ils ne formeront plus une nation double... Mon serviteur David régnera sur eux, et ils n’auront plus qu’un seul guide. » Mais ce passage renferme aussi une signification plus profonde : La ‘Hassidouth explique que Yossef symbolise l’étude de la Torah et Yéhouda représente la pratique des Mitsvoth. Nos sages s’interrogent dans le Talmud et tentent de déterminer laquelle des ces deux activités est plus importante. Après un long débat, ils concluent qu’aujourd’hui c’est l’étude qui prédomine puisque c’est par elle que nous arrivons à la pratique adéquate. Néanmoins, à l’époque messianique la tendance sera renversée et c’est l’action qui sera considérée comme supérieure. Lorsque le Machia’h viendra, le monde sera radicalement différent. La perception du Divin sera si évidente qu’au lieu de se plonger dans des saints écrits pour connaître la voix à suivre, il nous sera alors possible de ressentir naturellement la différence entre le bien et le mal. La Torah atteste justement de l’existence de ces deux périodes. Dans un premier temps c’est Yossef – l’étude – qui est supérieur à Yéhouda et celui-ci s’approche de lui pour le solliciter. Puis, viendra le temps – annoncé par la Haftara – où le descendant de David – l’action de Yéhouda – régnera sur tout Israël. En fait, après la venue de Machia’h, les Mitsvoth surpasseront l’étude et l’action actuelles réunies. De nos jours, même lorsqu’une personne réussit à étudier la Torah avec une grande ferveur, cette étude ne pénètre pas jusqu’à l’essence de sa conscience. Mais à l’époque de Machia’h, la divinité sera tellement apparente et manifeste que la conscience humaine se trouvera changée ; alors, l’observance de la Torah et des Mitsvoth sera entièrement naturelle. A cette époque Yossef – l’étude – et Yéhouda – les Mitsvoth – seront unis pour de bon. Likouté Si’hoth |
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Dans la Paracha de cette semaine, Vayigach, Yossef se fait connaître à ses frères. Il leur demande d’aller chercher Yaakov, leur père. Pharaon, lui-même, se réjouit de cette nouvelle et il ordonne à Yossef d’envoyer du blé à Yaakov. Or, le verset indique que Yossef ne se limite pas d'expédier du grain. Il prend l’initiative d’offrir des présents supplémentaires. Dès lors que l’occasion d’honorer son père lui est donnée, il n’hésite pas un instant à envoyer « les meilleurs produits d’Egypte. » Cet épisode contient donc une leçon évidente : dès que l’occasion de faire une Mitsva se présente, nous devons, alors, ne pas perdre de temps pour agir et nous devons la faire de la meilleure façon possible. Rachi nous apprend que Yossef avait envoyé un vin âgé et des graines de Pol – des pois cassés. Ces deux éléments étaient particulièrement appréciés dans l’Egypte antique. Pourquoi Yossef avait-il choisi précisément ces deux produits ? Yossef savait que lorsque ses frères annonceraient à Yaakov qu’il était encore en vie, cela lui causerait beaucoup de peine, puisqu’il apprendrait de cette manière qu’ils l’avaient vendu. Yossef voulait, donc, atténuer la douleur de Yaakov ; il choisit, alors, des pois cassés. Ce légume se présente et se consomme sous la forme de grains séparés et pourtant il était très apprécié à cette époque dans cette région du monde. Yossef dit, ainsi, à son père que, quelquefois, la séparation peut avoir un caractère bénéfique. D’ailleurs, la séparation de Yossef d’avec sa famille ne produisit-elle pas que du bien, puisque c’est grâce à elle qu’il vint à leur secours au moment de la famine ? Yossef envoya aussi du vieux vin. Le vin est une substance qui procure de la joie et du plaisir. Nos sages nous apprennent que Yossef et ses frères – ainsi que Yaakov – s’étaient abstenus de toute consommation de vin pendant les 22 années de séparation, afin d’exprimer leur peine. Yossef envoya donc du vin à son père pour qu’enfin il se réjouisse. Cependant, un simple vin n’aurait pas fait l’affaire. Yossef envoya un vin âgé et de qualité supérieure. Ainsi, il désirait faire savoir à son père que pendant la longue période de séparation, il n’avait jamais perdu l’espoir et la foi qu’un jour viendrait où ils seraient à nouveau réunis. S’il est juste que pendant 22 ans ses lèvres n’avaient pas goûté de vin, il avait su, pourtant, en conserver et en garder par anticipation de leur éventuelle rencontre. Ceci constitue pour nous une leçon d’une extrême importance : A chaque fois qu’un Juif se sentira en « Egypte », qu’il sera assailli par des problèmes ou des contraintes, il ne devra jamais désespérer. Dans les circonstances les plus difficiles, il renforcera sa foi en Hachem et la croyance et l’espoir que D-ieu l’aidera à surmonter cette épreuve. Likouté Si’hoth Vol I |
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« Il dit à ses frères : Je suis Yossef ; mon père vit-il encore ? » (Genèse 45 – 13) Dans ce premier passage de la Paracha de cette semaine, Yossef dévoile enfin à ses frères sa véritable identité et s’empresse de prendre des nouvelles de son père, Yaakov. Néanmoins, cette interrogation paraît superflue. Yéhouda ne venait-il pas d’affirmer que si Binyamin ne rentrait pas avec lui, cela affecterait la santé de Yaakov ! En fait, il est certain que Yossef savait déjà – par les renseignements qu’il avait eus par ses frères dans la Paracha précédente – que son père vivait encore. D’ailleurs, Yossef n’attendit même pas la réponse de ses frères ; il ordonna de suite que l’on fasse venir son père. Nous devons donc en conclure que le sens de la phrase : « Mon père vit-il encore ? » n’est donc pas une question ; ce serait plutôt une expression de surprise. Yossef était étonné que son père fût encore en vie. Il est vrai que Yaakov était alors âgé de 133 ans, mais cela est encore relativement jeune comparé à l’âge qu’avaient atteint Avraham et Yits’hak. Pourquoi, alors, Yossef fut-il tellement surpris ? En fait, Yaakov fut terriblement touché par la disparition de Yossef. Pendant 22 ans, il a supporté un incroyable chagrin ; Yaakov était inconsolable parce sa souffrance était sans mesure. C’est cela qui éveilla la surprise de Yossef : comment Yaakov avait-il survécu à une telle épreuve ? Comment a-t-il pu endurer une si longue souffrance ? C’est pourquoi il empressa ses frères à chercher Yaakov. L’objet de cette requête ne consistait pas seulement à l’informer que Yossef était en vie ; il fallait le ramener en Egypte le plus rapidement possible. Chaque instant où le père et le fils étaient séparés mettait la vie de Yaakov en danger. Yaakov prit le deuil pour Yossef durant 22 longues années. Cette période correspond aux 22 ans où il fut séparé de ses parents – puisqu’il vivait à ‘Haran – et où il ne put observer convenablement la Mitsva d’honorer son père et sa mère. Selon nos sages, l’épreuve des 22 ans de séparation vient précisément de sa propre omission. Néanmoins, dès que les 22 ans s’étaient écoulés, le décret Divin de cette séparation forcée entre Yossef et son père s’annula aussitôt. Yossef demanda à ses frères de se dépêcher et de ne pas laisser un instant de plus – ne serait-ce que le « temps d’un clin d’œil » – la situation perdurer. Nous vivons, certaines fois, des situations où nous devons user des attributs de rigueur et de sévérité. Pourtant, ce récit nous enseigne que nous devons toujours être prudents dans ce genre de situation et nous devons être modérés. Car aussitôt que les raisons de la punition disparaissent, nous devons revenir à notre nature initiale : la bonté et la miséricorde. Nous n’avons aucun droit de faire durer la souffrance d’autrui. Likouté Si'hoth Vol XV |
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« Il se jeta sur le cou de Binyamin son frère et pleura. Et Binyamin pleura aussi sur son cou. » (Genèse 45 – 14) Le Talmud commente ainsi ce verset : « Yossef pleura pour les deux Temples qui seraient bâtis sur le territoire de Binyamin et qui seraient fatalement détruis ; Binyamin pleura pour le Tabernacle établi à Chilo – territoire de Yossef – et qui serait lui destiné à la destruction. » Pourquoi Binyamin pleura-t-il pour la perte de Yossef et Yossef pour celle de Binyamin ? Pourquoi n’ont-ils pas simplement pleuré chacun pour leur propre perte ? Après tout, n’est-il pas naturel de s’aimer plus que tout ? Dans le même esprit, sur le verset (Genèse 46 – 29) « Yossef se précipita à son cou – de Yaakov – et pleura longtemps dans ses bras. », le Zohar commente : Yossef pleura pour la destruction des Temples et pour notre exil. Pourquoi est-ce Yossef qui pleura et non Yaakov ? Nos sages nous indiquent qu’en fait Yaakov était occupé à réciter le Chéma à ce moment précis ; il ne pouvait donc pas s’interrompre. Il reste pourtant étonnant que Yaakov ait pu rester concentré pour la lecture du Chéma. Comment pouvait-il ne pas être troublé par la destruction du Temple ? Une personne pleure, généralement, pour mieux se sentir. Pourtant, nous pouvons constater que lorsqu’une personne pleure à cause d’une chose qui la trouble, les pleurs ne changent rien à la situation ; néanmoins, la personne se sentira beaucoup mieux après avoir laissé ses sentiments profonds s’exprimer. Naturellement, dans le cas où la personne aurait les moyens de résoudre les problèmes qui lui causent tant de peine, les pleurs sont alors superflus ; mieux vaut pour elle agir pour se dégager de sa difficile situation : « Une action vaut mieux que mille soupirs ! » Lorsque quelqu’un est témoin de la destruction spirituelle de son ami – la vie de chacun de nous constitue un sanctuaire – s’il a un sentiment pour lui, il pleure ; en tant qu’ami, il peut le soutenir moralement et même prier pour lui. Cependant, l’issue de cette passe difficile ne dépend que de son ami lui-même et de sa volonté de se reconstruire. Lorsqu’un individu prend conscience qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider son ami et que celui-ci est toujours aussi désespéré, alors, il ne reste plus, effectivement, qu’à pleurer. Mais si c’est de sa propre destruction que l’on prend conscience, rien ne sert à se cacher derrière de chaudes larmes ; il faut agir, il faut changer, faire Téchouva et améliorer son service de D-ieu. Les pleurs pourraient même avoir un effet négatif laissant l’impression que tout a déjà été fait. Les pleurs pourraient alors donner bonne conscience. Yossef et Binyamin pleurèrent chacun pour le Temple de l’autre, car de leur propre Temple, ils comptaient s’en occuper eux-mêmes – pour tenter d’annuler le décret Divin – par une amélioration significative du service de D-ieu. Yaakov, lui, ne pleura pas. Il est le Père du peuple Juif. Tous les Temples sont sur son territoire, sous sa responsabilité. C’est pourquoi il tenta de les protéger en agissant. Il récita le Chéma dans cet instant tragique. Likouté Si’hoth Vol X |
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« Mon serviteur David sera Mele’h – Roi – sur eux… Et Mon serviteur David sera leur Nassi – Prince – pour toujours. » (Ezéchiel 37 – 24,25) Ces deux versets font partie de la Haftara de cette semaine. Le roi David y est appelé par deux titres Mele’h et Nassi. Bien que très proches, il serait intéressant d’analyser ce qui les diffère. Le Machia’h est lui-même appelé David dans le livre de Jérémie, ainsi qu’il est dit (30 – 9) : « Ils serviront Hachem, leur D-ieu, et David, leur roi, que Je placerai alors à leur tête. » Le Machia’h est appelé aussi David du fait de sa lignée royale ; il sera obligatoirement descendant de David. Le Rambam – Maïmonide – énumère, dans les lois des Rois, les différentes fonctions que remplira le Machia’h : il convaincra le peuple Juif d’observer la Torah et les Mitsvoth ; il combattra les « batailles de D-ieu » - le combat pour la justice ; il reconstruira le Beth-Hamikdach à Yérouchalayim, rassemblera les exilés, et il guidera toute l’humanité pour servir le D-ieu Un. En fait, tous ces caractères ne sont pas spécifiques au Machia’h ; ils sont propres au rôle de chaque roi d’Israël : restaurer les statuts du Judaïsme et établir la vertu et la justice. Machia’h devra être aussi un maître. Il devra enseigner les valeurs éthiques. Tous, Juifs et non-juifs s’inspireront de ses conseils et de ses enseignements. Alors se réalisera la prophétie (Jérémie 11 – 9) : « La terre sera pleine de la connaissance de Hachem, comme l’eau recouvre le lit des océans. » C’est pourquoi le Machia’h sera appelé Nassi – titre que portait le chef du Sanhédrin – la Cour Suprême – dont la fonction était l’enseignement de la Torah. Ainsi que le souligne la Haftara, Machia’h devra faire la fusion des deux caractères : le roi et le maître. En le désignant comme un roi, la Torah fait du Machia’h un personnage retiré – élevé au-dessus de la masse – « Roi sur eux ». Par contre, le Nassi jouit d’un lien de proximité avec le peuple ; son rôle est précisément d’être proche de lui. En ne s’éloignant pas, il est capable d’enseigner la Torah et de montrer les merveilles qu’elle contient. C’est pour cela que la Torah utilise les termes : « Nassi pour eux, pour toujours », contrastant ainsi avec les mots « Mele’h Aleihem – Roi sur eux » utilisé auparavant. Dans un premier temps c’est le caractère de Mele’h – Roi – qui prédominera, puisque Machia’h devra encore user de son pouvoir de conviction et combattre toutes les injustices. Une fois cette première étape passée, sa fonction principale sera celle de Nassi. Il se réservera pour guider et inspirer le monde dans l’esprit de la Torah. C’est bien pour cela que le verset précise que le Machia’h, sera Nassi « Léolam, pour toujours ». Likouté Si’hoth Vol XXXV |