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Une question revient fréquemment tant dans la bouche des nations que chez les Juifs eux-mêmes : Comment notre peuple a-t-il vécu si longtemps ? Comment a-t-il réussi à traverser tous ces siècles, toutes ces civilisations et surtout toutes les épreuves de l’exil ?

Nous avons pu lire différentes théories proposées par des philosophes, des ethnologues, des sociologues, sans oublier les ‘Ho’hmologues. Pour eux, il y a quelque part une chose logique qu’il faut expliquer. Je m’étonne à chaque fois que mes yeux croisent un de ces articles, car comment veulent- ils donner une réponse rationnelle à une question qui vous met justement face à l’évidence que quelque chose de surnaturel s’est effectivement produit. Peut-on réellement expliquer que toutes les puissantes civilisations qui nous ont combattu aient disparu, elles et leurs cultures, tandis que nous, petit peuple, soyons toujours là à célébrer nos fêtes, à pratiquer nos rites, comme il y a trois mille ans ! Certains affirment que cela vient du fait que nous étions une minorité opprimée etc. Je vous épargne le reste de  la démonstration. Je leur répondrai simplement : Donnez-moi donc un autre exemple, un autre cas semblable !

En fait, la réponse nous la connaissons et chaque Juif – qu’il soit déjà ou pas encore pratiquant – a le sentiment que la réalité est là : le Juif porte un message pour l’humanité, sa mission est Divine, elle est donc éternelle.

Il est indéniable que la Torah et la transmission de la tradition jouèrent un rôle essentiel dans notre survie. Pourtant, j’estime que l’analyse est courte, car le peuple Juif ne s’est pas limité à survivre, il a vécu, il a été dynamique et productif. D’où lui venait alors cette énergie ?

Le Baal Chem Tov disait qu’il existe une chose qui n’est pas considérée, dans la Torah, comme un péché et qui est pourtant à l’origine de tous les péchés : c’est la tristesse. Il existe aussi, disait-il, une chose qui ne fait pas partie des Mitsvoth, mais qui en sera le générateur : c’est la Sim’ha – la joie. Chacun sait que la joie tient, dans le Judaïsme en général et dans le ‘Hassidisme en particulier, une place primordiale.

Beaucoup voient les ‘Hassidim comme de joyeux paysans chantant avec ferveur le service de l’E-ternel. Selon eux, la Sim’ha serait la religion du pauvre d’esprit, comme, pour d’autres, la religion a été l’opium du peuple.

Tout ceci est bien sûr réducteur. Je ne crois pas que quelqu’un de sensé puisse penser que cet état d’esprit, cette vision optimiste des choses de la vie chez ces hommes et femmes fut quelque chose de naturel ou de spontané que l’on éveille par un claquement de doigt ou par un verre de vodka. Je pense, au contraire, que c’est la pensée profonde et mystique du ‘Hassidisme que révélèrent le Baal Chem Tov et Rabbi Chnéour-Zalman qui permit aux hommes d’appréhender différemment les évènements. Ces maîtres nous ont appris à voir D-ieu là où Il était caché et c’est pourquoi nous nous réjouissons comme l’enfant qui retrouve son camarade de jeu au fond d’un gouffre.

Le mois de Adar est un mois qui laisse entrevoir un paradoxe : d’une part, c’est le mois du décret du méchant Haman, le mois d’Esther qui symbolise, selon nos sages, la dissimulation manifeste du Divin, et d’autre part, le mois le plus joyeux du calendrier, le moment le plus fou de l’année Juive. Nous avons, en fait, les outils pour analyser toute épreuve et la surmonter. Nous savons que nous avons une mission en perspective et nous nous dirigeons vaillamment vers le but.

L’année 5768 est une année embolismique ; c’est une année de treize mois. Nous avons droit à deux mois de Adar, deux mois de joie et d’allégresse, soixante jours où notre regard sur le monde est différent.

Nos sages énoncent un principe : « Un élément négatif s’annule dans une masse soixante fois plus grande. » Réjouissons-nous, aujourd’hui, de la Guéoulah qui vient afin que l’exil se dissolve dans les soixante jours de Adar 5768.

Rav Eliahou DAHAN
Editorial