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Deux Batailles

Se Jeter à l’Eau

Anticiper la Joie

Ne Rien Laisser Derrière Soi

Sortir Du Camp

Deux Batailles

Dans la Paracha de Bechala’h, le peuple juif accède enfin à la liberté, mais il est rapidement confronté à deux conflits sur le chemin du Mont Sinaï ; la première bataille était contre Pharaon, tandis que dans la seconde, il engagea une attaque contre Amalek.

L’attitude des Béné-Israël face aux deux ennemis fut différente. Face à Pharaon, Moché leur dit : « Hachem combattra pour vous ; et vous, tenez-vous tranquilles ! » Alors que s’agissant de Amalek, Moché demanda à Yéochoua : « Livre bataille à Amalek ! »

Pourquoi un tel contraste ? Pourquoi Hachem envoya-t-Il les Béné-Israël au combat contre Amalek, alors qu’Il se chargea Lui-même des Egyptiens ?

Les Egyptiens poursuivaient le peuple Juif ; leur but était de les ramener en Egypte. Ils ne faisaient donc pas obstruction au parcours de nos ancêtres vers le Sinaï. Les Béné-Israël devaient alors poursuivre leur chemin sans se soucier de ce qui était derrière eux ; Hachem s’en chargeait. Par contre, Amalek se plaçait entre le peuple Juif et la Montagne Sainte ; il constituait un obstacle et son intention était d’arrêter l’élan du peuple Juif. Face à lui, nous ne devions pas rester passifs.

C’est ainsi qu’il faut s’engager fermement, chaque fois que quelqu’un tente de nous empêcher de persévérer dans l’étude de la Torah.

La victoire du peuple Juif sur Amalek dépassa toutes les lois de la nature. Amalek devait, selon toute logique, vaincre. Or, si les Juifs réussirent à soumettre leurs ennemis, c’est parce qu’ils ne combattirent pas avec le sentiment qu’ils allaient gagner par leurs propres moyens ou par leur puissance personnelle. Ils étaient conscients, en allant se battre, qu’ils étaient les émissaires de Moché et qu’ils se battaient pour que personne ne les empêche de recevoir la Torah. Lorsqu’un Juif se bat avec la force de la Torah, il réussit sa mission.

Amalek frappa le peuple Juif au moment où il se dirigeait avec enthousiasme et passion vers le Mont Sinaï. Amalek tenta de refroidir l’ardeur et ralentir l’élan de nos ancêtres. Le verset dit au sujet de Amalek : « Acher Kar’ha Badére’h – Il te rencontra soudainement dans le chemin. » Or, le mot Kar’ha signifie aussi : Il t’a refroidi.  

Nous avons l’obligation de nous souvenir chaque jour de Amalek. Amalek symbolise ce qui décourage, qui tempère notre enthousiasme pour le Judaïsme.

L’histoire de Amalek nous enseigne comment nous pouvons le vaincre au quotidien : chaque fois que nous rencontrons un obstacle, que nous sommes confrontés à une tentative – extérieure ou intérieure – de perte de vigueur et d’enthousiasme pour la sainteté, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour vaincre et chasser l’ennemi.

En outre, rappelons-nous que dans le domaine du combat spirituel – comme cela l’a été jadis dans le combat physique – nous n’agissons pas avec nos propres forces. Souvenons-nous que toute action menée avec la dynamique de la Torah atteint sa cible et son but.

Likouté Si’hoth Vol I

Se Jeter à l’Eau

Dans la Paracha de Béchala’h est relaté l’épisode de la traversée de la Mer Rouge. Ce miracle servit – selon nos sages – d’étape préparatoire au Don de la Torah et à la Rédemption finale.

Dans cet épisode merveilleux, la Torah nous raconte l’histoire d’un homme – Na’hchon Ben Aminadav – qui risqua sa vie en se jetant à l’eau. Ce n’est qu’après qu’il se soit engagé dans les flots que la mer se fendit et que le Peuple Juif put s’avancer.

Mais pourquoi Na’hchon a-t-il risqué ainsi sa vie ? Qu’est-ce qui l’a poussé à agir si dangereusement ?

Dans l’esprit de Na’hchon, ces questions ne se posaient pas, car il était conscient que Hachem avait fait sortir les Juifs d’Egypte dans le seul but de les conduire devant le Mont Sinaï afin de leur donner Sa Torah. Puisque la destination n’était pas encore atteinte, Na’hchon fut alors guidé par le désir intense d’avancer vers la Torah. Peu importe, s’il rencontra des obstacles sur son chemin ; il se jeta à l’eau et poursuivit sa route.

Au moment où la situation était apparemment sans issue, le Peuple Juif était partagé par différentes opinions. Mais Na’hchon resta indifférent face à toutes ces options – retourner, engager une bataille, s’échapper et même prier – car il savait qu’aucune d’entre elles ne l’approcherait du Mont Sinaï. Aucun argument, aucun calcul ne l’intéressaient ; il n’y avait qu’une seule solution : avancer en direction du Mont Sinaï. C’est ainsi qu’il agit avec un grand dévouement et une grande Messirouth-Nefech. 

Cette Paracha est lue généralement dans la semaine du 10 Chevath, le jour de la Hilloula du Rabbi précédent, Rabbi Yossef-Yits’hak. Les circonstances et les détails qui accompagnèrent l’ouverture de la mer contiennent une leçon éternelle. C’est cet épisode de notre histoire qui inspirât le Rabbi précédent dans son engagement pour le Peuple Juif. Il agit toute sa vie avec Messirouth-Nefech et son action reste un exemple pour les générations futures.

Le Rabbi ne recherchait pas spécifiquement la Messirouth-Nefech ; ceci n’était pas son intention première, son seul objectif était de propager la Torah. Le Rabbi ne s’arrêtait pas pour considérer si la Messirouth-Nefech était nécessaire, il ne prêtait pas attention aux opinions dominantes de son époque. Sa seule motivation était d’approcher le Peuple Juif au Mont Sinaï. Mais lorsqu’un océan était face à lui, il se jetait à l’eau. Les conséquences d’une telle prise de position étaient désormais dans les mains de D-ieu ; ce n’était plus son problème.

Ceci doit nous servir de leçon dans notre conduite quotidienne. Notre mission est de servir D-ieu, d’aimer Ses créatures et de les approcher du Mont Sinaï. Les différentes approches et opinions ne nous concernent plus. Notre seul but est d’avancer vers le Mont Sinaï et d’agir sans aucune autre considération.

Likouté Si’hoth Vol I

Anticiper la Joie

« Miriam, la prophétesse, sœur d'Aaron, prit en main un tambourin, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins en dansant. »

(Exode 15 - 20)

La Paracha de Bechala'h relate le récit de la traversée de la mer Rouge. Nous y lisons le cantique composé par les enfants d'Israël à cette occasion. La Torah raconte aussi la façon toute particulière avec laquelle les femmes ont participé à cette joie. Elles suivirent Miriam dans des danses accompagnées de tambourins.

En Egypte, c'est Miriam qui annonça la venue du libérateur. Alors que les dirigeants de la génération ne voyaient pas d’issue à leur souffrance et à leur servitude, elle propagea l'espoir et la confiance en D-ieu parmi son peuple.

D’ailleurs, lorsque sa mère fut forcée de mettre Moché dans les eaux du Nil, son père Amram, s'adressa à Miriam et lui demanda : « Qu’est-il advenu de ta prophétie ? Comment va-t-elle s’accomplir ? » C’est pourquoi Miriam « se tint à distance, pour observer ce qui lui arriverait. » Au-delà du souci pour son frère, Miriam se souciait de ce qu’il adviendrait de sa prophétie, et de son frère, le libérateur d’Israël.

Ceci est comparable au sentiment que toutes les femmes juives, d’aujourd’hui, ont. Elles sont soucieuses du destin du peuple Juif, et elles attendent la Guéoulah avec anxiété.

Au moment de la traversée de la mer Rouge, la célébration des femmes était bien à l’échelle de leur anxiété en Egypte. Elles exprimèrent, alors, leur joie d’une façon bien plus forte que les hommes.

Le Midrach raconte que les femmes s’étaient préparées aux événements de la sortie d’Egypte et qu’elles étaient certaines qu’Hachem produirait pour Son peuple des miracles. Elles préparèrent, dès lors, des tambourins pour se réjouir, le moment venu.

Dans un prochain avenir, nous célébrerons aussi la Guéoulah. C’est pourquoi, bien que nous soyons encore en exil, l’assurance que la délivrance est proche doit déjà nous inspirer de la joie.

Une telle expression de joie manifeste notre foi en la Guéoulah et dans l’accomplissement des prophéties qui l'accompagnent. C’est précisément cette joie prématurée qui, en retour, hâtera la Guéoulah.

Chabbath Béchala’h 5752

Ne Rien Laisser Derrière Soi

« Moché fit partir les Béné-Israël de la mer. »

 (Exode 15 – 22) 

Rachi commente ainsi ce verset : « Il les retira malgré eux. » En effet, Moché dut forcer les Béné-Israël pour qu’ils quittent les bords de la Mer Rouge afin de poursuivre leur voyage vers le Mont Sinaï.

Le peuple Juif ne voulait pas quitter le bord de mer, car ils étaient occupés à ramasser l’or et l’argent qui avait échoué sur le rivage. Les Egyptiens avaient paré leurs montures d’or, d’argent et de pierres précieuses ; après avoir été noyés, tous leurs ornements furent récupérés par les Juifs.

Les Juifs étaient tellement captivés par la collecte du butin qu’ils ne voulaient pas avancer et quitter les lieux. Moché leur demanda d’avancer, ils restèrent sourds. C’est pourquoi Moché dut les forcer d’avancer.

Le comportement de nos ancêtres paraît surprenant. Comment comprendre le fait qu’ils aient ressenti le besoin de prendre ce butin, alors que, selon nos sages, à leur départ d’Egypte, ils avaient déjà acquis, chacun, une richesse considérable ? Le Midrash affirme d’ailleurs qu’ils quittèrent l’Egypte en ayant chacun 90 ânes chargés de richesses.

Comment était-il possible que ces hommes et femmes qui venaient de vivre le plus merveilleux des miracles – la révélation de l’ouverture de la mer – se soient intéressés à de simples richesses terrestres ? Pourtant, ils étaient conscients que le but de la sortie d’Egypte était le Don de la Torah. Comment pouvaient-ils maintenant retarder cet événement tant attendu uniquement dans le but de s’enrichir ?

En fait, le comportement des Juifs n’était pas motivé par un désir d’enrichissement, mais plutôt par un fervent désir d’accomplir la volonté de D-ieu.

D-ieu indiqua à Moché avant la sortie d’Egypte qu’il fallait dépouiller ce pays de ses richesses, ainsi qu’il est dit : « Chaque femme empruntera des objets d’argent et d’or…et vous dépouillerez l’Egypte. » Hachem avait donc ordonné de vider l’Egypte de ses biens. Les Juifs obéirent et prirent des quantités considérables d’or et d’argent.

Cependant, après la traversée de la mer, ils virent que les Egyptiens avaient encore des biens et ceux-ci étaient maintenant devant eux. Ils réalisèrent alors qu’ils n’avaient pas fini de vider l’Egypte de ses richesses.

Ils étaient si passionnés par cette injonction Divine qu’ils se sont mis immédiatement à rassembler l’or et l’argent qui venaient d’échouer sur le rivage. Plus rien d’autre ne les intéressait.

C’est précisément parce qu’ils furent les témoins de la plus grande des révélations qu’ils souhaitèrent accomplir la volonté de D-ieu de la meilleure manière. Leur désir était si fort que Moché ne put les arrêter. Le peuple Juif n’était pas intéressé par l’argent des Egyptiens ; la seule motivation était de remplir sa mission.

Likouté Si’hoth Vol  XXI

Sortir Du Camp

« Les bras de Moché s’appesantissant, ils prirent une pierre qu’ils mirent sous lui, et il s’assit dessus. »

(Exode 12 – 42)

« Du fait qu’il a été négligent dans l’accomplissement de cette mission en nommant un autre pour cela, ses bras devinrent lourds. »

Rachi

A la fin de la Paracha de Bechala’h, la Torah nous relate l’épisode de la guerre contre Amalek. Moché nomma Yéhochoua pour diriger les opérations. Le récit précise que la participation de Moché dans cette bataille consista à lever les bras vers le ciel et à prier pour la victoire des Enfants d’Israël. Nos sages affirment que tant que Moché avait les bras levés, les Béné-Israël dominaient l’ennemi.

Le texte ajoute que, durant le combat, les bras de Moché se sont appesantis, on prit alors une pierre que l’on plaça pour qu’il puisse s’asseoir. Nos sages affirment que cet incident fut la conséquence de la nomination de Yéhochoua ; ceci étant considéré comme une négligence de la part de Moché.

Il n’est pas de l’habitude de la Torah de mettre l’accent sur l’aspect négatif d’un événement. La Torah veille au respect de toutes les créatures. Comment le récit peut-il donc proposer une lecture qui ne soit pas à l’avantage de Moché ?

Cette histoire contient une profonde leçon pour chacun de nous Juif qui nous engageons quotidiennement dans la bataille face à un Amalek spirituel.

Amalek ne pouvait porter son dévolu que sur ceux, parmi nos ancêtres, qui étaient à la traîne spirituellement, ceux qui, suite à leur conduite déficiente, se trouvaient aux limites du camp d’Israël et qui, par conséquent, n’étaient plus sous la protection des nuées saintes. Par contre, ceux qui étaient restés à l’intérieur du camp – du cadre communautaire – ne craignaient rien.

De nos jours, nombreux sont les Juifs qui se trouvent spirituellement dans le « camp d’Israël », dans le cadre et sous la protection des « Nuées de Gloire » de la Torah et des Mitsvoth. Ils sont à l’abri des vents violents venant de l’extérieur, et particulièrement du blizzard venant de Amalek et figeant l’individu dans une indifférence à l’égard des valeurs du Judaïsme.

Il existe, pourtant, des Juifs qui, pour une raison ou pour une autre, se retrouvent à l’extérieur – leur mode de vie n’est pas, pour le moment, en accord avec l’esprit de la Torah. Ils sont alors vulnérables aux attaques de Amalek qui a pour valeur numérique 240 correspondant au mot Safek – le doute. En effet, l’arme de Amalek est d’installer le doute chez l’individu en remettant en cause les pouvoirs illimités de D-ieu. Celui-ci se trouve alors refroidi de toute éventuelle ferveur à l’égard du sacré.  

Il est alors fréquent que celui qui a la chance de se trouver à l’intérieur du camp s’interroge sur son rapport avec l’autre, celui qu’il définit comme le Juif de l’extérieur. Quel lien les relie ? Est-il judicieux d’aller vers lui, alors que l’autre l’ignore et s’éloigne chaque jour un peu plus de la communauté ? Cette démarche pousse certains à conclure qu’il est hors de question de quitter la chaleureuse tour d’ivoire de Torah et de Mitsvoth pour s’aventurer dans la jungle où règnent le doute et l’indifférence.

Le récit de notre Paracha constitue, alors, une réponse face à l’hésitation de ces individus : au moment où Amalek attaqua ceux qui étaient à l’extérieur du camp d’Israël – et qui, pour la plupart, avaient choisi consciemment cette situation – les autres devaient  quitter la protection des nuées saintes pour aller au secours de leurs faibles frères. De plus, ils étaient les seuls qui avaient – de par leur niveau spirituel – véritablement la capacité de les sauver. C’est pour cela que Yéhochoua -  l’homme qui n’avait jamais quitté la tente de la Torah – fut choisi pour diriger les opérations.

La Torah va encore plus loin : Moché planifia et dirigea la bataille. Lui aussi s’est battu contre Amalek sur le plan spirituel en levant les bras vers les Cieux et en priant pour la victoire de ses hommes ; pourtant, la Torah n’hésite pas à le blâmer et à considérer sa conduite comme une négligence.

Il n’est pas suffisant de mener un combat spirituel contre Amalek, à l’écart de ses frères. Envoyer un émissaire ou se limiter à prier n’est pas acceptable. Chacun de nous a le devoir de faire le maximum pour tirer son prochain des griffes de Amalek.

Likouté Si’hoth Vol XXI