Enfants et Troupeau de D-ieu
La Paracha de Vayétsé raconte longuement comment Yaakov travailla chez son beau-père Lavan. Il était berger et était lui-même le propriétaire d’un grand troupeau. Il avait reçu du bétail en paiement pour ses années de loyal service.
Chaque détail dans la Torah sert de leçon éternelle pour chaque Juif à tout moment et en tout lieu. Ceci est d’autant plus vrai pour tout ce qui a trait à l’histoire des Patriarches, car ils sont l’archétype pour le service spirituel de leur progéniture. Cela s’applique certainement aussi à l’épisode de notre Paracha. Quelle leçon spirituelle pouvons-nous tirer de l’acte de garder des moutons ?
Le Midrash parle du rapport entre Hachem et le peuple Juif de la manière suivante : « Il est pour moi un Père, et je suis pour Lui comme un fils ; Il est pour moi un berger et je suis pour Lui comme un mouton. »
Il est évident que le rapport entre père et le fils dépasse celui qui existe entre un berger et son troupeau. Pourquoi alors le Midrash trouve-t-il important d'ajouter l’exemple du berger et son troupeau alors qu’il indique précédemment que les Juifs sont comme les enfants de D-ieu ?
Le fait de définir les Juifs comme les enfants de D-ieu implique qu'ils sont considérés comme une entité distincte. Bien que chaque âme Juive soit liée à D-ieu, le fait même qu’un Juif soit appelé « le fils » implique qu’il est une entité à part entière – il n’est pas le Père.
Par conséquent, en vivant l’état « d’enfants » de D-ieu, nous restons des êtres créés ; entièrement indépendants de la Présence ineffable de D-ieu.
Le lien absolu est exprimé en comparant le rapport des Juifs avec Hachem à celui d’un berger avec son troupeau.
Néanmoins, ce rapport sert d’analogie : il y a une affection entre le Berger et Son troupeau. Mais, dans ce contexte, notre union souligne l'intensité de l’annulation de notre « moi » plutôt que l’expression de notre état d’être. Cet effacement de l’être face à l’Absolu est illustré dans la métaphore de bétail, car, parmi tous les animaux, le mouton reste certainement le plus proche de l’image d’annulation.
Les deux définitions du peuple Juif – fils ou mouton – font allusion à deux formes de services spirituels :
Le niveau du « fils » traduit le rapport produit par l’étude la Torah qui impose la compréhension, par l’individu, d’une idée et d’un concept. Même si le fait d’ajouter dans l’étude de la Torah apporte une plus grande proximité avec D-ieu, il nous fait aussi prendre conscience de la distance infranchissable qui existe entre la créature et son Créateur.
Le niveau de « mouton » est atteint par la purification, le raffinement et l’élévation du monde physique. D’ailleurs, le mot Hébreu pour dire mouton est Tson, qui est en rapport avec Yetsiah qui signifie « sortir ». Cela implique donc une sortie de son « moi » et un engagement dans le monde de la matière pour le transformer en Résidence pour D-ieu.
C’est ainsi que s’exprime la véritable soumission à D-ieu, car c’est spécifiquement par ce mode de service que le Juif ne se préoccupe pas pour ses propres intérêts ou de son élévation spirituelle, mais uniquement de la mission que Hachem lui a donné : transformer ce monde matériel en une Résidence pour D-ieu.
Likouté Si’hoth Vol XV |